S’il est un domaine où il est facile de mettre tout le monde d’accord sur les intentions, c’est bien celui des économies, dans le sens du moins cher pour pratiquement la même chose. Il est intéressant de décortiquer la rhétorique des économies appliquées au secteur de l’énergie.

Démarrons du point de vue général : « Il faut économiser l’énergie ». Cette formule empirique n’est bien sûr jamais servie aussi sèchement que cela. Le discours général donne néanmoins assez peu de place au débat contradictoire. Par exemple, on voit relativement peu de développements sur son contraire « Consommons avidement l’énergie … avant qu’il n’y en ait plus » ou « Quels sont les intérêts (inavouables) des acteurs énergétiques dans l’incitation aux économies ? ».

L’opinion publique semble accepter la maxime des économies d’énergie tout en s’y désintéressant poliment lorsqu’il s’agit de passer à la caisse, par exemple lors d’investissements un peu conséquents.

Alors comment rendre attractif pour M. et Mme Tout le Monde une économie, d’autant plus lorsque la facture énergétique n’est vue qu’une fois par année et qu’elle représente quelques pour cent du budget du ménage ?

Une idée qui fait son chemin est celle de rendre visible, pour l’instant à une poignée d’élus ou férus de technologie, ce qui est réellement consommé … minute par minute. Les ménages pilotes du programme DÉCLICS font partie de ces quelques rares particuliers intéressés à partager publiquement, donc débattre, des économies d’énergie. C’est un début … timide il est vrai. On voit quelques expériences pilotes de compteurs intelligents (Smart Metering si vous préférez), en particulier depuis 2011, près de 200 appartements à Lausanne ont été munis de tels compteurs dont l’information est publiée sur un portail web. Tout cela reste malgré tout assez virtuel.

Une approche visible, pragmatique et économiquement intéressante … plutôt pour les fabricants à vrai dire, est celle d’inciter le remplacement de tous ces équipements tellement voraces en énergie. Cela passe par l’éclairage, par les chauffages purement électriques, tous ces électroménagers « qui n’ont pas la bonne étiquette » etc, etc. Là, il devient plus facile de convaincre le consommateur qui d’une part s’achète une bonne conscience en « économisant cette si précieuse énergie » et au passage se fait plaisir par l’acte d’achat qui parfois apporte quelques fonctionnalités nouvelles.

Finalement, un télescopage fréquent sur les économies d’énergie est celui de les lier à l’écologie. On parle plutôt de « vernis écologique », ou alors comment montrer à son voisin ou concurrent qu’on est plus vert que lui. Et là, tout le monde est à nouveau d’accord : « Il faut économiser notre planète ».

En résumé, rendre intéressantes les économies d’énergie est un exercice périlleux. On a beau montrer les avantages en francs, donner bonne conscience tant du point de vue développement durable qu’écologique, le particulier reste assez peu concerné par cette problématique. Tant qu’une ressource n’est pas limitée ou n’atteint pas une portion significative du budget, son économie restera dans les débats autour d’un café … chauffé à l’énergie électrique !